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Le voile dans les différentes religions et cultures

.: le 12 février 2012

D’où vient le voile, couvre-chef, ou tout autre fichu féminin imposé aux femmes pour des raisons dites religieuses, que l’on retrouve dans de nombreuses cultures au cours des siècles ? Voici quelques éléments de réponse présentés par la journaliste franco-israélienne Nathalie Szerman.

Avec le débat enflammé sur le voile islamique, débat qui a conduit, en France, à la promulgation d’une loi contre le port de signes ostentatoires religieux dans les écoles publiques en 2004, puis à la validation de la loi contre le port du voile intégral dans tout l’espace public en France, le 7 octobre 2010, on pourrait croire que le voile est une spécificité musulmane. Rien n’est plus faux.

Judaïsme

Dans le judaïsme, on entend parler pour la première fois du couvre-chef féminin dans le Talmud : il s’agit d’un passage évoquant les comportements inappropriés de l’épouse, susceptibles de justifier sa répudiation : la femme soupçonnée d’adultère est sommée de se découvrir la tête avant de boire une boisson qui fera gonfler ses entrailles si elle est coupable. La source toranique de ce passage se trouve en Ketoubot 72 a-b. Le prêtre révèle sa chevelure pour l’humilier, ce qui nous apprend d’une part que la chevelure de la femme était couverte, d’autre part que le couvre-chef féminin était plus une marque de respect que de pudeur à proprement parler (sinon le prêtre ne lui aurait pas demandé de le retirer).

Dans le sillage des lumières au 18ème siècle en Allemagne, les femmes juives ont entrepris de se découvrir la tête, comme le note le Prof. Shmuel Feiner, de l’université Bar Ilan, dans un ouvrage sur les origines de la laïcité chez les Juifs au 18ème siècle en Europe. L’étape intermédiaire consistait alors à porter la perruque. Vers la fin du 18ème, ce mouvement se serait largement propagé. Ce n’est toutefois qu’au 19ème siècle qu’il se généralise, pour reléguer la perruque ou tout autre couvre-chef à la seule minorité ultra-orthodoxe au début du 20ème siècle.

Christianisme

Aujourd’hui, le voile est porté par les religieuses, ou nonnes : il marque l’engagement a une vie de renoncement et de sacrifice avec vœux de chasteté, de silence parfois, de pauvreté souvent, d’obéissance surtout. Dans le Nouveau Testament chrétien, Les Epîtres de Paul rappellent le rôle assigné à la femme, basé sur la soumission : « Que vos femmes se taisent dans les assemblées, car elles n’ont pas mission de parler, mais qu’elles soient soumises comme le dit aussi la loi. » (I Corinthiens, XIV, 34-35). La femme, donc, « doit se tenir dans le silence » et porter un voile, symbole de soumission, car « la femme ayant été tirée de l’homme, elle doit avoir sur sa tête un signe de sujétion » (I Corinthiens, XI, 4-10). La signification du voile y est très explicitement donnée ; c’est un "signe de sujétion".

Selon l’historien français Jean-Paul Roux, dans l’antiquité, le voile n’était pas le fait de la haute société mais des esclaves : « Dans l’Antiquité, avoir la tête couverte était le propre des esclaves (…) Affranchis par le Christ, devenus fils de Dieu, les chrétiens n’avaient plus à se couvrir, mais les femmes le devaient ». Le christianisme avait donc affranchi les hommes, mais pas les femmes. Islam

Le Coran manifeste une certaine inimitié à l’encontre des femmes, qu’il est recommandé de battre si l’on a à craindre (seulement à craindre) leur désobéissance (Sourate IV-38). Certes, certains s’efforcent de réinterpréter le mot "battre" en arabe.

Le voile est mentionné à plusieurs reprises dans le Coran :

Sourate 24,30-31 : En ville les femmes doivent ramener leur voile de tête, "khimâr", sur leur gorge (intervalle entre les seins). A noter que le khimâr est un vêtement aussi bien masculin que féminin ; Sourate 24,60 : Après la ménopause, les femmes peuvent abandonner le voile. Sourate 33,59 : Les épouses du prophète, ses filles et les croyantes doivent bien s’envelopper dans leur jilbâb de façon à être reconnues et à ne pas être importunées. Le jilbâb aurait été le manteau appartenant à la tenue locale des femmes des villes et aurait englobé la tête (source : www.lavigerie.org).

Au niveau culturel, les origines du voile islamique demeurent floues. Pratique culturelle antérieure à l’islam ? Certains pensent que le voile aurait à la base permis de faire une distinction entre les classes sociales. Les femmes dont les familles étaient assez riches pour leur permettre ne pas travailler mettaient le voile pour se distinguer des moins fortunées ou des esclaves qui elles, allaient tête nue.

Des années plus tard, les textes sacrés de l’islam évoquent le "hijab" issu de la racine hajaba : "dérober au regard, cacher" et s’adressent à tous les musulmans pratiquants ayant atteint l’âge de la puberté, afin qu’ils fassent preuve de modestie au niveau de leur code vestimentaire. En présence d’un homme n’appartenant pas à la famille, la femme doit ainsi recouvrir son corps par pudeur.

Vikings

Dans les cultures païennes non-monothéistes, comme la culture nordique, le voile existe aussi, mais à un moindre degré. Dans la plupart des représentations de scènes vikings incluant des femmes, celles-ci vont tête nue. Les déesses qui règnent sur les vikings ont, pour leur part, de longues chevelures lâchées et flamboyantes. La religion nordique proprement dite était - et reste - très féminine. Les déesses sont source de lumière, donc d’esprit, et la culture viking ne cherche pas à brider la féminité.

Avant de se christianiser, les femmes vikings ne se couvraient apparemment pas la tête. Elles avaient de longues tresses ou les cheveux noués à l’arrière de la tête. C’est apparemment sous l’influence chrétienne que les femmes, mariées uniquement, ont commencé à le faire.

On notera, sans établir un lien de cause à effet (qui existe peut-être), que les pays scandinaves sont souvent cités aujourd’hui comme des modèles sociaux, éducatifs, ou comme des modèles de parité (les inégalités sociales y sont moins prononcés et la corruption y est beaucoup moins importante). Est-ce dû à la plus grande participation des femmes au pouvoir ?

Le voile du mariage

Mention spéciale doit être faite du mariage, car les mariées portent souvent un voile, ou un couvre-chef d’une autre nature, même les mariées japonaises. Le voile est en effet profondément lié au mariage, même chez les nonnes, épouses du Christ. Certains historiens pensent donc que l’origine du voile remonte au temps où l’homme enlevait la femme qui leur plaisait en lui jetant un drap sur la tête, et la retenait prisonnière jusqu’à leurs noces. Dans les cérémonies de mariage juives et catholiques, la mariée porte souvent le voile jusqu’au moment où le couple s’unit devant le prêtre. Ce n’est qu’après la consécration de l’union que son mari le lui relève.

21ème siècle : retour des extrémismes avec le voile pour drapeau

Ainsi que l’explique l’auteur franco-iranienne Chahdortt Djavann, "le voile n’a jamais été un signe de liberté ni d’émancipation féminine." Il n’a jamais été innocent ou anodin, mais a toujours signifié la soumission des femmes. Si les islamistes n’ont pas inventé le voile, ils en ont fait une arme politique, le drapeau de leur idéologie en Europe et ailleurs. Et c’est pourquoi ils revendiquent avec autant d’insistance le "droit" de le porter.

Un certain discours féminin que l’on retrouve chez les radicaux de tous bords consiste à justifier le port du foulard : « C’est notre libre choix de nous couvrir la tête, de porter le foulard, le voile, la burqa ! » Libre de le revêtir la première fois, certes, c’est possible, dans le cas notamment des converties et des fraîches zélotes. Mais libres de l’ôter ? C’est là que le bas blesse. Il faudra en payer le prix : celui d’être arrêtée par la police religieuse (Arabie saoudite et Iran) ou bannie de la communauté religieuse (juive ultra-orthodoxe), ou de faire honte à sa famille, car les religions qui recouvrent la tête ou le visage des femmes leur font porter le poids de l’honneur familial. C’est bien sûr vrai du monde islamique, ou les crimes d’honneur lavent dans le sang la souillure de l’affranchissement féminin ; c’est vrai à un moindre degré du judaïsme orthodoxe.

Un autre argument pour défendre cette coutume consiste à dire : « Le foulard est la couronne de la femme ! » Couronne qui évoque toutefois plus la servante que la souveraine dans l’inconscient collectif. Ce type de discours a un nom : c’est le « discours compensatoire ». La femme à la tête enrobée n’est considérée, en réalité, que comme ce qu’elle affiche en voulant le cacher : sa sexualité, ou au mieux : sa féminité. Le foulard la fait descendre du statut de personne à part entière à celui de simple « femme » – plus exactement de « femme interdite ». Dans ces conditions, pour arriver à faire valoir sa personnalité, ses idées, ses aptitudes professionnelles, et se rehausser au niveau de "personne", il faudra redoubler d’efforts.

Nathalie SZERMAN © Middle East Pact

Nathalie Szerman est journaliste franco-israélienne et conseillère du MEP.

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